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DE SERIGNE MOUHAMADOU MOUSTAPHA A SERIGNE CHEIKH MATY LEYE : Les khalifes de Bamba, bâtisseurs de la ville sainte

Serigne Bara Mbacké s’en est allée. Comme une traînée de poudre, la nouvelle a envahie le pays et plongé la communauté musulmane dans le désarroi et la tristesse. Celui qui avait remplacé son oncle paternel et ouvert l’ère de la succession des petits de Khadimou Rassoul au khilafa de Touba, venait de céder la place à un autre de ses cousins.



DE SERIGNE MOUHAMADOU MOUSTAPHA A SERIGNE CHEIKH MATY LEYE : Les khalifes de Bamba, bâtisseurs de la ville sainte
Serigne Cheikh Maty Leye, fils de Serigne Mouhamadou Lamine Barra Mbacké, lui-même fils de Khadimou Rassoul sera la second petit fils de Serigne à avoir la lourde et exaltante mission de continuer l’œuvre de son vénéré aïeul. Il est également le septième khalife de Bamba après ses oncles Serigne Mouhamadou Moustapha, Serigne Fallou, Serigne Abdoul Ahat, Serigne Abdoul Khadre, et Serigne Saliou, mais aussi son cousin Serigne Barra qui lui a remis les témoins de la confrérie.

L’ère de Serigne Cheikh Maty Leye s’ouvre au moment où les relations entre Touba et le régime sont dans une zone de turbulences. On se rappelle, il y a quelques jours la passe d’armes qu’il y a eu entre l’Etat et certaines autorités de Touba au sujet de l’arrêt des travaux du grand chantier de Touba. Un chantier qui s’était ouvert à la fin du règne de Serigne Saliou, à qui le président Abdoulaye Wade avait promis d’injecter 20 milliards annuellement à Touba pendant cinq ans pour un assainissement de la vile sainte. C’est sur ce gros dossier que le tout nouveau khalife de Touba devra se pencher dés après la fin des funérailles pour le diligenter. Ce qui lui permettra, entre autres de marquer son règne comme le furent du reste ses illustres prédécesseurs


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SERIGNE MOUHAMADOU MOUSTAPHA, LE FONDATEUR DE LA GRANDE MOSQUEE

Serigne Mouhamadou Moustapha Mbacké, en tant que premier héritier de feu son père en 1927 et restera sur le trône jusqu’à son rappelé à Dieu en 1945. Il avait entrepris la construction de la grande mosquée de Touba. Un édifice qui aujourd’hui fait la fierté de Touba. Imposant et visible à des kilomètres à la ronde, la grande mosquée est le point de convergences de tous les fidèles surtout durant les périodes de grandes affluences comme le magal. Certes, ses autres successeurs ont apporté leur contribution à l’édifice, mais le mérite de Serigne Mouhamadou Moustapha aura été de donner corps à une volonté de son vénéré père.


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SERIGNE FALLOU OU LE CONTINUATEUR DE L’ŒUVRE

A son rappel à Dieu en 1945, le Khalifa est revenu à son jeune frère Serigne Fallou. « Ce dernier, au-delà de son érudition, était également réputé pour sa proximité avec Dieu », assure le Vieux Iba Gueye. Selon lui, « il suffisait à Serigne Fallou d’ordonner pour que ce fut. Ces pour cette raison que ses prières et bénédictions étaient courues par tous ceux de sa génération ». Sur un plan moins ésotérique, Serigne Fallou était aussi un éducateur hors pair qui aimait enseigner par des exemples. L’agrandissement de la grande mosquée, la jonction avec les chemins de fer, l’autoroute de Touba sont quelques uns des réalisations de Serigne Fallou que certains appelaient également Galass. Sur le plan politique, Serigne Fallou était très lié au président Senghor qui bien que de confession chrétienne avait réussi à se lier d’amitié avec lui et Serigne Babacar Sy. Une amitié qui remonte à la période pré – indépendance


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SERIGNE ABDOUL AHAT, LE BATISSEUR

C’est en 1968 que Serigne Abdoul Ahat accéda au trône suite au décès de Serigne Fallou. Baye Lahat, comme on l’appelait affectueusement est celui par qui Touba a conquis ses lettres de noblesse avec la belle urbanisation qui lui avait valu d’être cité en exemple en 1998 par l’organisation mondiale des cités unies. Selon le vieux Iba Gueye, « c’est sous l’ère de Baye Lahat que Touba, d’un gros village, est devenue, une cité moderne, avec toutes les commodités requises ». Entre autre réalisations, notre interlocuteur cite : « c’est sous son khalifa que furent construites la grande bibliothèque appelée « daray kamil » (Ndlr : la maison du livre), l’université de Touba, la résidence Khadimou Rassoul qui accueille les hôtes, mais aussi l’extension et la modernisation de la grande mosquée ». Serigne Abdoul Ahat avait aussi déclaré la guerre à toutes pratiques païennes dans l’agglomération religieuse. C’est ainsi que les séances de tam tam, les soirées folkloriques, l’usage du tabac, des boissons alcoolisées entre autres…, étaient systématiquement interdits à Touba et « les contrevenant soumis à des sanctions exemplaires », ajoute le vieux Iba Gueye.

Serigne Abdoul Ahat a été rappelé à Dieu en 1989 après avoir dirigé pendant 21 ans aux destinées de la communauté mouride du Sénégal. Sur le plan politique, il fut très proche de l’ancien président Abdou Diouf. Il avait d’ailleurs lors de la présidentielle de 1988 demandé à tous les mourides de voter pour ce dernier, d’où le fameux « ndiguel », ou consigne de vote très couru depuis, par toute la classe politique.


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SERIGNE ABDOU KHADRE, L’IMAM DES IMAMS

Il fut remplacé par Serigne Abdou Khadre qui n’excédera par une année au khalifa de Touba, avant d’aller rejoindre son père et ses frères au ciel. Mais avant son intronisation comme khalife général de la communauté mouride, Serigne Abdoul Khadre Mbacké était, du fait de sa grande érudition, l’imam de la grande mosquée de Touba. Il a été rappelé à Dieu en 1990. L’homme n’aura duré sur le khalifa que pendant 11 mois. Son règne est le plus court, suivi par celui de Serigne Bara.


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SERIGNE SALIOU, LA MYSTIQUE DU TRAVAIL ET DE L’EDUCATION RELIGIEUSE

Année à la quelle Serigne Saliou Mbacké devint le khalife de la famille de Bamba. Outre les travaux d’extension de Touba, de sa modernisation et de son urbanisation, Baye Zale, comme l’appelaient les talibés avait aussi fait de l’extension et de la modernisation de la grande mosquée, une de ses plus grandes priorités. « Pendant les dix huit années durant lesquelles il a présidé aux destinées de la confrérie mouride, Serigne Saliou est resté le paysan qu’il a toujours été ». De même, c’est quelqu’un qui adorait les enfants et se souciaient beaucoup de leur éducation surtout religieuse. Deux raisons qui l’avaient poussé à demander et obtenir du régime socialiste des milliers d’hectares de forêts classés qu’il a su transformer en daras et en champ. Toute sa philosophie reposait sur « la mystique du travail et de l’éducation religieuse ». Serigne Saliou a quitté ce monde le 28 décembre 2007, non sans obtenir de Me Wade la promesse de contribuer à l’assainissement de la ville de Touba. Une promesse qui met du temps à prendre forme


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SERIGNE BARA, UNE OUVERTURE SUR LE MONDE ET LES TIC

Serigne Bara Mbacké est le fils de celui qui fut le second Khalife de Bamba, mais aussi, premier parmi ses petits fils à devenir khalife de Touba. Il n’aura séjourné au khilafa de Touba qu’il a quitté à l’âge de 85 ans, que pendant deux ans, six mois et 2 jours. Serigne Bara était connu pour son penchant pour les nouvelles technologies de l’information, mais aussi pour son ouverture au monde et son ouverture d’esprit. La preuve il a reçu à plusieurs reprises l’ambassadeur d’Israël à Dakar. Il était comme le disait le poète, « poreux à tous les souffles du monde ». C’est sur cette lancée qu’il avait entrepris la modernisation du khalifa en se dotant d’un service de communication qui se chargeait de porter au monde ses positions sur les différents points qui interpellaient la confrérie. Il était aussi un médiateur au cœur de la République où il assurait un rôle de régulateur social tout en étant à équidistant des différentes chapelles politiques.

Mais, aussi court que fut son magistère, Serigne Bara Falilou, aura marqué son époque en ayant à cœur de perpétuer l’œuvre de ses prédécesseurs et de mener à termes les chantiers ouverts par son oncle et prédécesseur direct Serigne Saliou Mbacké. Il aura investi à coté des 100 milliards sur cinq ans promis par l’Etat, la somme de dix milliards pour la modernisation de la cité sainte, dont 500 millions pour la réfection de la grande mosquée, 500 millions pour la construction et 500 autres millions pour la clôture. A son actif aussi, un institut islamique avec une capacité de 30 mille étudiants. Des chantiers qui aujourd’hui seront entre les mains de Serigne Cheikh Maty Leye, le tout nouveau khalife de Touba.

Souleymane KANE
Source Africanglobalnews.info